Platon et Aristote

Platon et Aristote

C’est l’utopisme fascinant s’imprégnant dans les pages de nombreuses œuvres ayant résisté aux intempéries de l’humanité, qui structure nombreuse de nos conceptions historiques. Platon est un pilier de cet exemple. Sa République est devenue une œuvre majeure par l’ampleur de sa portée et de sa signification : l’appel au changement. Si Platon incarné dans les dires de Socrate, déconstruit la valeur et les coutumes de la Cité athénienne c’est qu’il y découvre des incongruités face aux destins de l’homme. Il faut en effet des hommes pour y changer sa destinée. Si pour Noël Mamère, la «République est là ou respire la société», ne faut-il pas éviter qu’elle ne s’époumone? À vrai dire, le défi de cette République idéale s’accorde avec les projets de l’humain, une «réforme de l’esprit», car du moment où ces instigations se retrouvent acceptées, elle laisse place à une rénovation, une révolution des Idées. Cette notion de progrès –qui s’illustre comme une simple direction prise sans nécessairement connaître une finalité positive ou néfaste à ce qui précédait ce renouvellement- est inhérente aux dynamiques historiques que l’on connaît depuis longtemps. L’écriture cunéiforme par exemple, qui évolua dans son organisation avec sa traduction en phonétique démontre l’éternel processus du changement, de l’évolution d’idées initiées toujours et infiniment par l’homme. Ce sera donc toujours dans une optique perceptuelle que ces changements tendront à s’évaser et s’inscrire dans un rythme révolutif et finalement évolutif, jusqu’à ce qu’une autre conception vienne prendre la majorité des idées d’une communauté qui la perçoit concevable. Cette diffusion du savoir de la connaissance est digne d’une récognition d’anomalies ancrées des conceptions actuelles de l’homme (anomalies semblables au concept paradigmatique de Kuhn). C’est parce que certains reconnaissent une incohérence dans le système de valeurs, de coutumes ou de morale que la révolution d’une idée est sujette à s’incruster dans le système de pensée enracinée et le contaminé de manière osmotique. En effet, l’analyse accorde que la contexture actuelle d’une communauté se heurte à une incompréhension de phénomènes nouveaux ou antérieurement ignorés. Cette conception holistique est donc empreinte d’anomalie et l’interprétation se retrouve soit réduite, biaisée, minimalisée ou simplement sans réponse. L’absence d’une causalité sur un phénomène quelconque, ou plutôt l’interprétation d’une cause sur un effet caractérise ce «blocage» herméneutique et épistémologique que l’homme rencontre et rencontrera éternellement.

Ces révolutions de la pensée ponctuent le trajet intellectuel, culturel et social de l’homme. l’Histoire est donc fracturée de ces avènements et se dessine dans le dynamisme de ruptures constantes des idées humaines dans son ensemble. De sorte que rien n’est acquis, rien ne demeure, or tout fini pas se comprendre.  Pour revenir à Platon, sa démagogie a appelé à ce genre de révolution, mais cette entreprise s’est vue incomplète et impraticable. Certes, faut-il appréhender cette œuvre sous plusieurs angles de sorte de ne pas adhérer à un seul et unique point de vue. Reste que la République annonce, ou s’inscrit dans le synonyme du changement.  Conséquemment, plusieurs ont décodé la forme communiste de ses écrits précisément dans la spécialisation des tâches restituées en trois classes sociales (producteur, gardien et philosophe). D’autres par contre, ont perçu l’isolement d’une communauté d’hommes et de femmes supérieurement conçues (futurs philosophes) et le «noble mensonge» comme une construction initiale du fascisme hitlérien. Sottises ou réalité, Platon n’a pu être prophète de malheur et n’a pu sans aucun doute être conscient de la portée de son analyse. Corollairement, associé des convictions politiques comme le communisme platonicien ou le fasciste de la république puisque certains se questionnait sur l’élitisme et l’hermétisme des philosophes-roi de la cité et la réelle liberté individuelle du savoir, ne sont pas les faits recherchés de l’impact que la République peut avoir apporté sur l’évolution drastique et la rupture entre les idées implantées et celles qui se proposent. Il faut entre autres diriger l’analyse sur l’impact historique sur l’époque précise. Ce qui est liminaire dans l’œuvre platonicienne de la République c’est l’envie réformatrice du système de pensée athénien. Concevoir la Cité dans la justice de l’âme, qui commence justement par celle de l’homme. Par exemple, la notion tripartite de l’âme chez Platon approuve le désir métaphysique de résoudre l’épineuse question de l’homme mauvais au sein de la cité et a fortiori à la tête de la Cité. Il détruit par exemple les conceptions constitutionnelles de la timocratie, de l’oligarchie, de la démocratie et finalement la tyrannie. Or où Platon freine son développement est dans la prise de position d’une constitution selon lui parfaite retrouvée dans l’aristocratie (le règne du philosophe-roi). N’aurait-il pu alors démontrer une envie plus grande que s’arrêter à une constitution déjà existante. Déconstruire et ériger une cité idéale dans un modèle de pensée totalement nouvelle. Approuvons l’originalité de la tripartition des classes, de l’esprit et des plaisirs qui structurent la Cité chez Platon. Bref, cette exploration de l’homme à travers son environnement et ce qu’il construit démontre bien l’essentiel du désir de rénover le connu se heurtant à l’inconnu. Cette démarche se prépare bel bien au cœur de l’esprit dans sa notion philosophique et conceptuel, puisque sans se le cacher, la philosophie soutient et imprègne les ouvrages intellectuels de toutes les sciences confondues.

Si la philosophie de l’esprit construit l’homme comme objet et sujet de l’examen des sciences, cette relation s’imbrique immuablement avec la notion cartésienne de l’esprit, une métaphysique cherchant à cerner les fondements primitifs de l’ontologie. Cette étude d’être en tant qu’être ne renonce pas à la conception évolutive de l’homme et tente toujours d’éviter une certaine orthodoxie emblématique.

En définitive, ces révolutions des idées qui n’ont pas débuté chez Platon, mais bien avant, ont impulsé cette notion d’adaptation de la pensée de l’homme à une problématique anomale et indéchiffrable par les paradigmes établie. Ces démarches émergentes retracent en effet le travail intellectuel sempiternel de l’homme et de son univers.

Voilà un incontournable, le plus intégral trouvé jusqu’ici, d’une fameuse discussion lors d’une émission Hollandaise diffusée en 1974 confrontant l’américain Noam Chomsky et Michel Foucault sur la question de la Nature Humaine: Justice versus Pouvoir:

Depuis sa thèse doctorale, Michel Foucault a exploré la dimension ontologique de la raison et de la folie. Dans Histoire de la folie à l’âge classique (1961), il synthétise le parcours historique de l’institutionnalisation de la folie comme protocole et processus social accepté puis isolé. Pour ainsi dire, «de l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou». Or, l’individu fou, devenu hors normes s’annonce sous le pseudonyme d’aliéné : c’est la naissance de la psychiatrie. Cette naissance institutionnelle le guidera plus tard dans ses écrits avec l’Archéologie du savoir et des mots et des choses à remettre en cause le savoir universel de l’homme. Il décrète alors en ses termes, la «mort de l’homme». Ensuite confronté à la politique, il centralisera ses œuvres sur le concept de pouvoir. Dans surveiller et punir, il déconstruit pour mieux comprendre la structure des pénitenciers : c’est la naissance de la prison. Comment donc l’individu est-il soumis au principe de châtiments et de crime? Voilà donc dans cette vidéo une explication partielle de la démarche foucaldienne du transfert des pouvoirs à travers structures et Êtres.