Quand la colère brûle, la haine rit
29 août 2008
l’article a été publié ici
«Le choc entre une voiture de police et une mini-moto, dans lequel deux adolescents, Moushin et Larami, ont trouvé la mort, a-t-il résulté d’un accident ou d’une « bavure » policière ?[1]» La nuit suivante, le département français de Val d’Oise flambe. Voitures, poubelles, tous y passent. Les émeutiers fulminent, scandent la bavure policière et la récurrence du racisme alors que la populace impuissante crie à l’accident. Tout ceci à alimenté fin 2007 les quotidiens de l’Hexagone et du monde entier. Déjà, depuis le 27 octobre 2005, c’était la naissance de ce que l’on connaît sous «révolte des banlieues». Des banlieues internationales vous dîtes ? Du monde entier ? Cette tendance à tout cramer au nom de l’injustice et de la violence ? Même au Canada, au Québec, à Montréal même ?
De ces évènements, il faut bien accepter l’analogie à ce qui s’est produit samedi et dimanche à Montréal, mais il demeure difficile d’accepter comme certains le prétendent qu’il y ait une homonymie frappante avec les évènements français. Il n’y en n’a là aucune. La Compagnie républicaine de sécurité (CRS) n’a rien avoir avec le SMVP où l’escouade tactique de la municipalité. Tenter impunément de créer une relation d’évènements entre la France et l’émeute de Montréal-Nord ne se fait pas comme une simple comparaison de produits similaires. En effet, certains quotidiens –et ils se reconnaîtront- ont semblé d’une manière trop facile ignorer le contexte et d’associer voire calquer exactement les contours d’un fait comme ceux qui ont eu lieu sur un autre continent. À vrai dire, on s’approprie les origines d’évènements d’ailleurs, écoulés sur une décennie pour les superposer à une rixe isolée –qui néanmoins n’a pas à être définie comme une bavure négligeable- qui s’est produite sans la même intensité et surtout pas pour les mêmes raisons. Le danger ? De la poudre aux yeux à savoir la tentative de construire une réalité qui n’est pas la nôtre. La tension entre les cités et les centres en France n’illustre en rien la dynamique entre Montréal-Nord et les forces de l’ordre et le reste de l’Île. Les lieux névralgiques, il y en a dans toutes métropoles, mais rien ne nous porte à penser qu’ils ont la même origine. Parce que cela arrive au Québec, que le classique de la bavure policière criée au nom du «profilage raciste» pose tant de questions, intègre une violence faussement légitimée et tente de l’exposé comme réaction logique, tout ceci semble du même coup nuire à tous les partis. Il est urgent de sortir de cette enclave interprétative qui d’un côté tente de mousser l’existence et l’épanchement d’un racisme exacerbé qui n’en est pas un en le transformant en réaction d’antiracisme, et de l’autre, de blâmer une certaines incompatibilité policière vis-à-vis les quartiers chauds de l’Île. Cet antiracisme qui se dessine propose lui-même l’objet de la discrimination. Une ségrégation qui au nom du racisme décrié, délimite elle-même tout ce qui s’incarne comme victimaire de ce qui ne l’est pas. Le racisme explique tout. Il y a les victimes et les racistes : une opposition trop simple qui n’informe pas de la profondeur de la situation. Cette réaction antiraciste par sa portée unanime devrait cerner de réels actes racistes et non la peur, la confusion et la tension dans un démêlé avec les forces de l’ordre comme une pure action raciste. Ces «rats» qui entre dans ce «Bronx» sont peut-être sans bienvenue, mais cette interprétation pose plutôt la question de l’intégration et de la condition.
Quartier pauvre, délabré, insalubre, Montréal-Nord survit.
L’éducation y subsiste et tente de s’intégrer au quotidien de chacun. Comme le souligne une enseignante de Montréal-Nord «il est souvent navrant de voir comme certains étudiants talentueux brûlent littéralement leurs chances de réussite dans les milieux d’enseignement supérieur en indisposant leurs professeurs en les appelant «man»[2]». L’effacement de «codes sociaux» et le peu de place au compromis laisse croire à une réalité désabusée d’elle-même, se repliant sur ce qu’il y a de plus concret, la survie. L’urgence est au dialogue. Quand parcs, arénas, ruelles deviennent les espaces exploités autrement où s’émancipe une vie hors du cadre sociale a priori, quand la normalité ressemble au seuil de la pauvreté, et que le terrain de jeux devient le terrain non pas des ententes mais des disputes, le racisme ne devient qu’un terme abscond vide d’explication. S’acharner sur le «pourquoi», pourquoi ne pas avoir visé la jambe au lieu de torse, pourquoi ne pas avoir eu plusieurs patrouilleurs sur les lieux, pourquoi tout flamber ? Les enseignant demeure les premiers témoins de certaines incompatibilités sociales et de l’urgence de panser les mentalités heurtées et colériques. Dans ces lieux, l’école se présente donc comme un obstacle, un passage obligé, pénible qui allonge le parcours de ces jeunes dont leurs carrières semblent déjà compromises.
Bien avant le racisme, et surtout bien avant cet antiracisme qui se réclame équivoquement de la contestation, il y’a l’exclusion, la mécompréhension des communautés installés, la pauvreté qui tapissent la réalité sociale des quartiers chauds de Montréal. Or, l’inverse semble avoir été compris, c’est-à-dire qu’on croit à un racisme évident qui aurait d’une façon tacite exclu, «ghettoisé» les communautés de sorte que celle-ci très sensibles à leur différences culturelles vis-à-vis la majorité exploseraient, «spontaneraient» sans compromission.
D’avoir changé l’orientation du questionnement par certains libres penseurs modifie la perspective collective de la réalité et des moyens, d’avoir sonné l’alarme du chaos qui nous dépasse semble trop facile à gober. La réflexion ne doit pas se faire dans le sens d’un racisme ou non, de la violence ou pas mais vers les communautés. L’intégration et l’aide semble-t-il demeure la solution la plus apte à cicatriser les profondes plaies sociales. Avions-nous réfléchie à repenser cette intégration. Penser l’intégration après l’immigration en demeurant lié à la réalité sociale qui définie ces nouveau arrivants ou ces descendants d’immigrants. Tristement, il semble y avoir une mode quant aux vives réactions : descendre dans les rues et brûler le paysage. Ces témoignages aussi différents qu’ils soient par leurs origines et leurs provenances ont tous une similitude sociale : l’inégalité, l’intégration, l’exclusion. C’est justement parce qu’il y’a cette sorte «d’exclusion anthropologique», se repoussement des frontières entre les nantis et les Autres, le propre et le lugubre, le marbre et le bitume qu’il se crée une tension qui parfois comme les séismes naturelle s’incarne dans le carnage et la destruction, le seul message universelle de la colère.
Ce soit disant racisme n’est que la façade des lacunes de l’intégration, du mépris de la différence. Rien n’excuse la destruction, rien ne pardonne la mort accidentelle.