Le capitalisme est-il moral?
30 septembre 2008
Réflexion sur le sévice qui vient
Cette réflexion a été impulsée par le philosophe André Comte-Sponville avec un livre du même titre. Le bouquin encore très jeune (2004) construit une perception de la responsabilité dans notre système économique. Avec la crise économique qui sévit, il semble actuel de réviser ce moralisme qu’entend entretenir le capitalisme d’aujourd’hui, son système et son idéologie.
Le problème moral selon Comte-Sponville se situe à première vue chez le peuple alors qu’on sait qu’en démocratie il demeure extérieur à l’État. Savoir qu’il y a une morale –limité bien sûr- dans l’ordre technico-scientifique et politico-juridique ne dit pas tout, il en existe aussi une dans la multitude, le peuple. Or celui-ci se retrouve dans l’impossibilité de modifier toute exigence morale[1]. Vulgairement, dans l’espace social de notre époque, le peuple ressort avec moins de droits dans son point de vue moral que le Droit lui-même ne lui en accorde. Autrement dit, «l’ensemble de ce qui est moralement acceptable (le légitime) est plus restreint que l’ensemble de ce qui est juridiquement envisageable[2]». Ainsi, l’auteur nous rappelle que la morale est donc l’ensemble de normes et valeurs que l’humanité s’est en quelque sorte construites. Si bien qu’elle ramène à la question de limite et le pouvoir de donner moral au capitalisme.
Ainsi, la problématique est transportée à notre système actuel, monstrueux dans ses termes de grandeurs inimaginables qui nous dépassent. Le capitalisme n’est donc pas moral, dans la mesure où ce n’est pas la morale qui régit l’offre et la demande et encore moins une quelconque vertu qui crée la valeur, mais plutôt le travail. Le capitalisme n’est pas immoral non plus, mais il se situe comme amoral[3], et voilà toute l’ampleur de notre réflexion. Si nous désirons une morale dans la société capitaliste, ne comptons pas sur l’économie et c’est encore moins le marché qui sera moral à notre place ! Mais cette amoralité n’est pas suffisamment comprise si seulement on l’a condamne. Elle renvoie directement à la responsabilité, notre responsabilité. La confusion des ordres, l’affaissement de la compréhension d’un système qui nous dépasse, voire nous transcende – par la main invisible selon certains— ne fait qu’enliser notre rôle dans celui d’un simple consommateur. L’heure est à la réflexion. Lionel Jospin, comme beaucoup d’autres hommes politiques aspiraient à une économie de marché, oui, mais pas une société de marché. Ce «sans limite» a non seulement dépassé les cadres établis, mais aussi s’est reconnu comme un mécanisme supranational et qui a englobé toutes les sphères de notre époque, qu’elles soient politiques, sociales ou culturelles. On croirait ici facilement à l’apogée de l’homo economicus alors qu’en réalité le système capitaliste a complètement évacué le sujet humain, l’homme pensant, pour le subtiliser en individu de marché, voire en unité marchande. Voici une rhétorique teintée de socialisme et d’anti-libéralisme ? Elle ne l’est pas. L’homme serait moral par nature, or ce qu’il conçoit et construit dans le réel ne l’est pas nécessairement. Le système économique est l’exemple probant de notre siècle. Rénover le capitalisme à la Sarkozy semble une optique insaisissable, dès lors que l’on veut réellement transformer depuis la base notre système. En revanche, ce système dont on parle n’est pas transformable puisqu’il n’est pas rigide –et loin d’être naturellement régulé- il est virtuellement existant. Voilà ce qui persiste depuis. On a responsabilisé cette nature économique au lieu de nous responsabiliser dans notre morale et dans notre représentation du monde capitalisme. Nous nous sommes peut-être abandonnés au profit d’un plus grand que soit, une sorte de transcendance économique qui n’est plus l’État, ni la société, mais le «système». Plus aucun modèle alternatif n’existe pour s’opposer à celui que l’on connaît. Soit. Mais cet acharnement sur le désenchantement de la mondialisation et ses ratés ne ramène en rien la charge humaine en question. Autrement dit, non seulement notre mainmise impossible sur la grandeur du système, notre responsabilité, notre engagement s’est déplacé en l’État, qui lui-même par la suite s’est retiré de beaucoup de la responsabilité économique qui l’incombait. Donc, un constat à trois temps : le peuple, l’État et le système économique. Cette séparation des «corps» nous éloigne de plus en plus de notre possibilité de rénover et de nous responsabilisé sous cette restauration, de nous y soustraire. Au contraire, l’État n’est plus l’instigateur de l’économie de marché, et l’économie –dans son sens le plus large- nous a retranchés au rôle de consommateur individuel. L’économie n’appartenant à personne, elle appartient d’emblée à tous. Le marché se doit de fonder de la solidarité alors qu’il règne seul. Toute société a besoin de lien, de communion, de sens[4]. Or l’appareil économique mondial n’a pas ce sens. Peut-il y en avoir lorsque ses fondations nous le savons sont non seulement virtuelles, mais elles contribuent à affecter le reste du paysage…avec de la spéculation? Injecter de la liquidité dans une masse démesurée de dettes pour impulser un stimulus d’achat et de consommation, c’est injecter dans «l’ininjectable».
Débordement philosophique sur la question, peut-être bien. Toujours est-il qu’il demeure nécessaire de ramener sur terre ce qui nous surpasse pour le rénover sinon ce ne serait que de l’eau en poudre : rajouter de l’eau pour obtenir de l’eau.
l’article est publié ici
Guillaume D
[1] André COMTE-SPONVILLE, Le capitalisme est-il moral ?, Albin Michel, 2004, p.63.
[2] Ibid., p.65.
[3] Ibid., p.82.
[4] Ibid., p.201.
Espace de réflexion, lieu de l’impression, moment de solitude
26 septembre 2008
Lévinas, le philosophe de l’altérité
26 septembre 2008
Voici une vidéo magnfique, intimiste des derniers moments avant la mort de d’Emmanuel Lévinas en 1995.
Il discute de la souffrance de l’être et de son essai Totalité et Infini, essai sur l’extériorité
«My muslim faith» et d’autres âneries
16 septembre 2008
Cette fois, je ne pourrai m’empêcher de réfléchir sur ce manque de réflexion. Même si certains croient que les coups bas n’ont pas d’insistance voire d’impact sur les tournures de la campagne, tout ceci est que poudre aux yeux. Ils en ont sur la morale. Voici les faits. Barack Obama et le retour de son indéniable foi musulmane. Déjà qu’on tentait de lui imposer le second nom de son père, Hussein comme indélébile, maintenant, on s’affranchit d’un contexte d’entrevue pour ressortir un extrait qui n’explique en rien une véritable foi musulmane. Un retour à la fabrication des faits. La propagande soviétique est-elle de retour ?
Barack Obama se trouve interviewé par Georges Stephanopoulos et se fait questionné sur les attaques républicaines concernant sa fameuse foi musulmane, en répondant : “You’re absolutely right that John McCain has not talked about my muslim faith”. Obama corrige le tir en affirmant que John McCain n’a pas été le tenant de cette rumeur, et qu’elle fait partie d’une fiction construite par des partisans. Soit. Mais la réaction en chaîne est déjà inarrêtable ! Des remixages de versions, il y en a eu, allé, on mélange la sauce ! Ça pullule et ça continue. Affichées à titre d’extrait, des séquences absentes de leurs contextes, ont permis de faire la promotion –enfin- de cette foi si latente, si cachée, si pernicieuse et si évidente. Ces bricoles de propagande, ces fragments entièrement tronqués relèvent d’un sens éthique complètement balayé, vidé de toute substance. Cette guerre souterraine (parce qu’elle se construit sur Internet), malgré son immense visibilité, résulte d’une tactique individuelle, mais d’une réelle intention «grégaire» de nuire des plus sournoises façons aux candidats.
Tout ceci relève d’une profonde scissure dans la dynamique politique. À vrai dire, il est considéré «normal» d’anéantir sous la fausseté un candidat (à la présidence ou autre) en profitant du manque de source accessible par beaucoup d’électeurs. La normalité est donc bien décevante. Internet devient le terrain de joute, un champ de bataille indigne et vide de morale. À vrai dire, si on appelle stratégie électorale insuffler à un candidat des faits qui ne sont en réalité que des mythes, cela relève de la félonie !
Bien évidemment, ce ne sont pas les premières élections américaines, et surtout loin d’être les dernières. Cependant, plusieurs questions demeurent sans réponses. À quoi bon être si méchant, d’user tant de canailleries ? Est-ce donc un visage de la démocratie qui témoigne de sa propre modernité ? Pire encore, les États-Unis trouvent leur émule juste au Nord. Le Canada lui aussi use de tactiques véreuses en diffusant par exemple –et ce n’est qu’un exemple- une publicité contre le chef du parti libéral. M. Dion avec de la fiente d’oiseau animé par ordinateur, un fond de tableau au gribouillis qui rappelle l’évaporation intellectuelle des professeurs universitaires stéréotypés, c’était bien drôle, mais elle a été retirée!
Rappelons-le, les élections modernes concentrant leur attention sur les candidats plus que les idées, en sont-elles, qu’on a évacué toute possibilité de réflexion. Au lieu, c’est l’espace du ridicule, de la honte, du croc-en-jambe qui ostracise considérablement l’espace intellectuel en politique, le lieu du débat et non de l’idolâtrie et de l’irrévérence. N’y aura-t-il plus de morale, ou plutôt il n’y aura pas de phénomènes moraux, mais que des interprétations morales des phénomènes pour reprendre le sulfureux Nietzsche ? Ainsi soit-il la politique est une sorte d’arène romaine, ou «pain et jeu» ressemble à l’adage de toute cette tentative de l’intérêt sur le politique comme une carotte au bout du bâton garde la faim.
L’orateur versus le guerrier
8 septembre 2008

Barack Obama
Que la guerre commence! Voilà ce qui nous a tenus en haleine pendant la course à l’investiture démocrate aux États-Unis : le dilemme concernant la possibilité d’une femme comme présidente ou celle d’un afro-américain. Les dés sont désormais jetés et le combat sera tout autre. L’orateur contre le guerrier. L’idée elle-même plane depuis quelque temps. Barack Obama connaît un talent indiscutable pour l’art oratoire alors que John McCain connaît quant à lui beaucoup plus le terrain politique. Cependant, au-delà des personnalités résident les symboles ou encore l’intensité symbolique que chacun des tandems qui s’incarnent à la fois parfaitement et avec ambiguïté.
Le guerrier
Le Viêt-Nam dans le corps, John Sidney McCain a connu la guerre et ses dégâts, tant sur le terrain que dans les classes politiques américaines. Le personnage s’impose avec l’expérience et un réseau densément cohésif. Encore il demeurait l’attraction principale de la course jusqu’à ce que l’Alaska s’en mêle. Mais McCain n’est pas Bush, une étiquette sauvagement collée sur sa veste ! Plutôt ingénieux McCain a-t-il tenté de reconstruire à la sauce républicaine le mariage raté de Clinton-Obama ? En tout cas, la sauce semble épicée. De la National Rifle Association (NRA) au discours pro-vie, la colistière Sarah Palin ne mâche pas ses mots. Voilà comment voler la vedette à un vétéran du Viêt-Nam en s’imposant comme la femme ordinaire qui a toute les chances d’accéder au bureau ovale. Même, elle a réussi à modifier le discours du candidat qui désormais semble-t-il s’incline pour la lutte contre l’avortement et préfère le forage de pétrole sur les côté américaines, positions qu’il n’avait jamais réellement soutenue. Depuis, l’encre coule au sujet de cette ousider ultraconservatrice –et inutile d’en cacher le terme- qui n’est pas si loin du pouvoir proprement dit. Et c’est sans doute à ce niveau que les possibilités ont été réfléchies. Des scénarios qui effraient certains et en font rire d’autres. L’âge de McCain jusqu’à preuve du contraire ne pose pas problème du moins jusqu’au moment où l’on pense à la scène Kennedy-Johnson en 1968. Qu’adviendrait-il d’un décès subit d’un futur premier président, le plus âgé des États-Unis (lorsqu’on s’accorde à ceux qui en sonnent l’alarme) sachant qu’une dame aussi controversée soit elle se retrouve indiscutablement devant la présidence ? Question sans réponse bien sûre, mais l’idée semble avoir touché tout le monde.
L’orateur
Un autre cas de figure semble beaucoup plus animer la curiosité. C’est sans doute celle du premier afro-américain à poursuivre la course pour la Maison Blanche dans l’histoire des États-Unis. Une histoire nous le savons, qui est loin d’avoir la blancheur du coton. De l’esclavage aux droits civils, les États-Unis ont connu plus de fragmentations sociales que de réelles cohésions, Howard Zinn nous le rappellerait volontiers. Outre cette toile de fond, devant laquelle Barack Obama n’a guère de difficulté a incarné le porte-parole principal, une question s’éveille autour de se tenant du rêve de Luther King. Qu’adviendrait-il si le prochain président était John McCain ? Ou plus clairement, que voudrait signifier la perte de la course pour Obama ? Justement, les interprétations multiples envisagent un danger. Il ne faudra pas verbaliser sous une forme commune semblable à ce que l’on connaît encore aujourd’hui sous le terme de racisme. Autrement dit, la conclusion serait trop facile : de vociférer au nom de l’égalité citoyenne un racisme inhérent chez les électeurs. Voilà le discours qui craint sa propre ombre. Si Obama rate son élection, cela n’invite pas systématiquement à imputer la faute au racisme. On le sait, les élections américaines ce sont des guerres de tranchées d’avanies ! L’attention est donc à un certain niveau centrée sur le personnage, mais encore plus, à un niveau plus transcendent, appelant au symbole, à l’image et au mythe. Si Obama perdait sa mise, ce ne serait pas une défaite sociale ou un recul vers 1960. Et surtout, il n’y aurait pas lieu de se poser la question pernicieuse «étaient-ils prêts à recevoir un président noir» ! Bref, Barack Obama n’aura pas passé le test. Soit. Défaite personnelle ou déficience stratégique, la question sera répondue avec le recul qu’il faudra. En revanche, si le premier afro-américain échoue à sa quête ce sera peut-être l’essoufflement de la formule symbolique qu’il incarnait qui sera manifeste, par le racisme. Obama est bien un homme avant d’être afro-américain et n’incarnera jamais cette image de la victime historique.
Cette compagne n’aura rien avoir avec les précédentes. John F. Kennedy avait emboîté le pas sur «l’image que l’on projette» en clouant Nixon au plancher. Dorénavant, Obama incarne la certaine aspiration d’un homme noir au pouvoir et d’une communauté alors que McCain, au côté de Palin, presque effacé, du moins pour le moment, propose pour la première fois chez les républicains une femme si proche de la gouverne.
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