L’orateur versus le guerrier
8 septembre 2008

Barack Obama
Que la guerre commence! Voilà ce qui nous a tenus en haleine pendant la course à l’investiture démocrate aux États-Unis : le dilemme concernant la possibilité d’une femme comme présidente ou celle d’un afro-américain. Les dés sont désormais jetés et le combat sera tout autre. L’orateur contre le guerrier. L’idée elle-même plane depuis quelque temps. Barack Obama connaît un talent indiscutable pour l’art oratoire alors que John McCain connaît quant à lui beaucoup plus le terrain politique. Cependant, au-delà des personnalités résident les symboles ou encore l’intensité symbolique que chacun des tandems qui s’incarnent à la fois parfaitement et avec ambiguïté.
Le guerrier
Le Viêt-Nam dans le corps, John Sidney McCain a connu la guerre et ses dégâts, tant sur le terrain que dans les classes politiques américaines. Le personnage s’impose avec l’expérience et un réseau densément cohésif. Encore il demeurait l’attraction principale de la course jusqu’à ce que l’Alaska s’en mêle. Mais McCain n’est pas Bush, une étiquette sauvagement collée sur sa veste ! Plutôt ingénieux McCain a-t-il tenté de reconstruire à la sauce républicaine le mariage raté de Clinton-Obama ? En tout cas, la sauce semble épicée. De la National Rifle Association (NRA) au discours pro-vie, la colistière Sarah Palin ne mâche pas ses mots. Voilà comment voler la vedette à un vétéran du Viêt-Nam en s’imposant comme la femme ordinaire qui a toute les chances d’accéder au bureau ovale. Même, elle a réussi à modifier le discours du candidat qui désormais semble-t-il s’incline pour la lutte contre l’avortement et préfère le forage de pétrole sur les côté américaines, positions qu’il n’avait jamais réellement soutenue. Depuis, l’encre coule au sujet de cette ousider ultraconservatrice –et inutile d’en cacher le terme- qui n’est pas si loin du pouvoir proprement dit. Et c’est sans doute à ce niveau que les possibilités ont été réfléchies. Des scénarios qui effraient certains et en font rire d’autres. L’âge de McCain jusqu’à preuve du contraire ne pose pas problème du moins jusqu’au moment où l’on pense à la scène Kennedy-Johnson en 1968. Qu’adviendrait-il d’un décès subit d’un futur premier président, le plus âgé des États-Unis (lorsqu’on s’accorde à ceux qui en sonnent l’alarme) sachant qu’une dame aussi controversée soit elle se retrouve indiscutablement devant la présidence ? Question sans réponse bien sûre, mais l’idée semble avoir touché tout le monde.
L’orateur
Un autre cas de figure semble beaucoup plus animer la curiosité. C’est sans doute celle du premier afro-américain à poursuivre la course pour la Maison Blanche dans l’histoire des États-Unis. Une histoire nous le savons, qui est loin d’avoir la blancheur du coton. De l’esclavage aux droits civils, les États-Unis ont connu plus de fragmentations sociales que de réelles cohésions, Howard Zinn nous le rappellerait volontiers. Outre cette toile de fond, devant laquelle Barack Obama n’a guère de difficulté a incarné le porte-parole principal, une question s’éveille autour de se tenant du rêve de Luther King. Qu’adviendrait-il si le prochain président était John McCain ? Ou plus clairement, que voudrait signifier la perte de la course pour Obama ? Justement, les interprétations multiples envisagent un danger. Il ne faudra pas verbaliser sous une forme commune semblable à ce que l’on connaît encore aujourd’hui sous le terme de racisme. Autrement dit, la conclusion serait trop facile : de vociférer au nom de l’égalité citoyenne un racisme inhérent chez les électeurs. Voilà le discours qui craint sa propre ombre. Si Obama rate son élection, cela n’invite pas systématiquement à imputer la faute au racisme. On le sait, les élections américaines ce sont des guerres de tranchées d’avanies ! L’attention est donc à un certain niveau centrée sur le personnage, mais encore plus, à un niveau plus transcendent, appelant au symbole, à l’image et au mythe. Si Obama perdait sa mise, ce ne serait pas une défaite sociale ou un recul vers 1960. Et surtout, il n’y aurait pas lieu de se poser la question pernicieuse «étaient-ils prêts à recevoir un président noir» ! Bref, Barack Obama n’aura pas passé le test. Soit. Défaite personnelle ou déficience stratégique, la question sera répondue avec le recul qu’il faudra. En revanche, si le premier afro-américain échoue à sa quête ce sera peut-être l’essoufflement de la formule symbolique qu’il incarnait qui sera manifeste, par le racisme. Obama est bien un homme avant d’être afro-américain et n’incarnera jamais cette image de la victime historique.
Cette compagne n’aura rien avoir avec les précédentes. John F. Kennedy avait emboîté le pas sur «l’image que l’on projette» en clouant Nixon au plancher. Dorénavant, Obama incarne la certaine aspiration d’un homme noir au pouvoir et d’une communauté alors que McCain, au côté de Palin, presque effacé, du moins pour le moment, propose pour la première fois chez les républicains une femme si proche de la gouverne.
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