Cette fois, je ne pourrai m’empêcher de réfléchir sur ce manque de réflexion. Même si certains croient que les coups bas n’ont pas d’insistance voire d’impact sur les tournures de la campagne, tout ceci est que poudre aux yeux. Ils en ont sur la morale. Voici les faits. Barack Obama et le retour de son indéniable foi musulmane. Déjà qu’on tentait de lui imposer le second nom de son père, Hussein comme indélébile, maintenant, on s’affranchit d’un contexte d’entrevue pour ressortir un extrait qui n’explique en rien une véritable foi musulmane. Un retour à la fabrication des faits. La propagande soviétique est-elle de retour ?

Barack Obama se trouve interviewé par Georges Stephanopoulos et se fait questionné sur les attaques républicaines concernant sa fameuse foi musulmane, en répondant : “You’re absolutely right that John McCain has not talked about my muslim faith”. Obama corrige le tir en affirmant que John McCain n’a pas été le tenant de cette rumeur, et qu’elle fait partie d’une fiction construite par des partisans. Soit. Mais la réaction en chaîne est déjà inarrêtable ! Des remixages de versions, il y en a eu, allé, on mélange la sauce ! Ça pullule et ça continue. Affichées à titre d’extrait, des séquences absentes de leurs contextes, ont permis de faire la promotion –enfin- de cette foi si latente, si cachée, si pernicieuse et si évidente. Ces bricoles de propagande, ces fragments entièrement tronqués relèvent d’un sens éthique complètement balayé, vidé de toute substance. Cette guerre souterraine (parce qu’elle se construit sur Internet), malgré son immense visibilité, résulte d’une tactique individuelle, mais d’une réelle intention «grégaire» de nuire des plus sournoises façons aux candidats.

Tout ceci relève d’une profonde scissure dans la dynamique politique. À vrai dire, il est considéré «normal» d’anéantir sous la fausseté un candidat (à la présidence ou autre) en profitant du manque de source accessible par beaucoup d’électeurs. La normalité est donc bien décevante. Internet devient le terrain de joute, un champ de bataille indigne et vide de morale. À vrai dire, si on appelle stratégie électorale insuffler à un candidat des faits qui ne sont en réalité que des mythes, cela relève de la félonie !

Bien évidemment, ce ne sont pas les premières élections américaines, et surtout loin d’être les dernières. Cependant, plusieurs questions demeurent sans réponses. À quoi bon être si méchant, d’user tant de canailleries ? Est-ce donc un visage de la démocratie qui témoigne de sa propre modernité ? Pire encore, les États-Unis trouvent leur émule juste au Nord. Le Canada lui aussi use de tactiques véreuses en diffusant par exemple –et ce n’est qu’un exemple- une publicité contre le chef du parti libéral. M. Dion avec de la fiente d’oiseau animé par ordinateur, un fond de tableau au gribouillis qui rappelle l’évaporation intellectuelle des professeurs universitaires stéréotypés, c’était bien drôle, mais elle a été retirée!

Rappelons-le, les élections modernes concentrant leur attention sur les candidats plus que les idées, en sont-elles, qu’on a évacué toute possibilité de réflexion. Au lieu, c’est l’espace du ridicule, de la honte, du croc-en-jambe qui ostracise considérablement l’espace intellectuel en politique, le lieu du débat et non de l’idolâtrie et de l’irrévérence. N’y aura-t-il plus de morale, ou plutôt il n’y aura pas de phénomènes moraux, mais que des interprétations morales des phénomènes pour reprendre le sulfureux Nietzsche ? Ainsi soit-il la politique est une sorte d’arène romaine, ou «pain et jeu» ressemble à l’adage de toute cette tentative de l’intérêt sur le politique comme une carotte au bout du bâton garde la faim.

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